Construite au 12e siècle à l’image des abbayes de Cîteaux et de Clairvaux, l’abbaye Notre-Dame de Sénanque demeure comme un des plus purs témoins de l’architecture cistercienne primitive.
Il y a 900 ans, un grand mouvement de renouveau spirituel né de l’Abbaye de Citeaux en Bourgogne est à l’origine de la fondation de plus de 700 monastères cisterciens au cours du Moyen-Âge en Europe. Saint Bernanrd est la figure de proue du nouvel ordre monastique. Les moines cisterciens, unis dans la simplicité et l’observation de la Règle de Saint Benoît (4e s.) mènent une vie de prière et de travail dans leurs abbayes. Ces monastères sont toujours implantés dans des lieux très retirés, comme l’est Sénanque. L’abbaye se trouve au creux du vallon de la Sénancole (proche du village de Gordes) dans un site isolé. La vie communautaire des moines est ponctuée de sept offices par jour, depuis le milieu de la nuit jusqu’au soir. Leur travail est manuel, essentiellement agricole. Il y sont aidés par des frères convers. L’abbaye a été fondée en 1148. Elle fut incendiée par les Vaudois en 1544, mais la vie monastique s’y poursuivit jusqu’à la révolution. L’édifice fut alors vendu comme bien national. En 1854, les religieux réoccupèrent le monastère et la vie conventuelle reprit. Sénanque a conservé sa vocation depuis lors et est toujours occupée par une petite communauté de moines qui poursuit la tradition cistercienne. Fait important : cette année, l’abbaye fête le 850e anniversaire de sa fondation. Sénanque est une des seules abbayes cisterciennes à avoir toutes ses pièces monastiques à peu près telles qu’elles étaient au 12e s. : l’église abbatiale, le cloître, la salle du chapitre et le dortoir des moines. Le plan de l’abbaye est entièrement organisé en vue de la prière continuelle du moine et de la liturgie communautaire. Toutes les salles communiquent entre elles. Dortoir des moines – Le dortoir pouvait accueillir à l’origine une trentaine de moines, dormant au sol sur des paillasses, tout habillés. Il mesure près de trente m de long et est couvert par une voûte en berceau brisé. Le dortoir est construit dans le prolongement direct du transept de l’église. Dès deux heures du matin, les moines quittaient le dortoir pour le premier office à l’église. De même, le soir, ils rejoignaient leur couche aussitôt après le dernier office.
Cloître – Le cloître est le centre de l’abbaye. Lieu de passage, il relie les différentes parties du monastère, mais c’est avant tout un lieu de méditation, de lecture. Près de la porte de l’église, repose un armarium dans lequel on rangeait les manuscrits. Le cloître est une cour intérieure, bordée de quatre galeries qui ouvrent sur le jardin par douze arcades en plein cintre. Ici aussi l’austérité est partout. Les chapiteaux des colonnes, tous différents, sont simplement ornés de motifs végétaux. Chauffoir - C’était dans cette salle que les moines venaient travailler. Elle servait de scriptorium, lieu où l’on copiait les manuscrits. Comme son nom l’indique, c’est la seule pièce chauffée du monastère. Cette petite pièce est voûtée de quatre voûtes d’arêtes qui retombent au centre sur une robuste colonne dont le chapiteau est orné de feuilles d’eau et de fleurs de lys. Une très belle cheminée, conique, permet de brûler des troncs placés à la verticale. Salle capitulaire – La salle capitulaire, ou salle du chapitre, est la salle où se réunissait la communauté monastique autour de son Père Abbé (du mot hébreu abba qui signifie père). C’est ici que l’on écoute la lecture d’un chapitre de la règle de Saint-Benoît qui en contenait 73 (chapitres 1 à 7 : principes sur la vie monastique; chapitres 8 à 20 : la prière liturgique; chapitres 21 à 57 : la vie journalière dans le monastère; chapitres 58 à 61 : la manière de recevoir les novices et d’éprouver leur vocation avant qu’ils ne prononcent leurs voeux; chapitres 62 à 73 : discipline nécessaire à la bonne marche de la communauté). C’est aussi ici que les moines prenaient les décisions concernant la communauté et que s’effectuaient les prises d’habit, les professions monastiques ou l’élection du père Abbé. Les moines s’asseyaient sur les gradins. Le père Abbé, placé au centre, faisait face à la tarasque, figure du démon, sculptée dans le cloître. Vous remarquerez la finesse de l’acoustique : la parole s’y fait entendre sans effort, grâce, notamment, aux six croisées d’ogives. C’est la seule pièce où il était permis de parler. [ Haut ] |